Les nouveaux manuels scolaires : un outil pédagogique pour déconstruire l’enfant

manuel scolaire 6Pendant que les éditeurs s’affairent à suivre les programmes débilitants du ministère, quelques auteurs ont choisi de faire de la résistance. articje de  publié le Le Point.fr

Les manuels nouveaux suivront donc une logique « curriculaire » – un mot qui commence mal, et qui signifie que, désormais, il n’y aura plus de livre « par année », mais par cycle de trois ans. Au collège, les sixièmes partageront leurs manuels avec les CM1 et CM2, puis viendra un livre 5e/4e/3e. Le tout écrit en orthographe rectifiée. Et ne croyez pas qu’ils soient trois fois plus épais : en pratique, un volume couvrira trois ans en autant de pages qu’un volume jadis (cette année encore) couvrait neuf mois. En fait, NVB espère que les enseignants transmettront (le mot déjà est banni) trois fois moins de connaissances – ce que s’emploient à prescrire les nouveaux programmes. Elle espère que les enfants en sauront trois fois moins – c’est cela, combattre l’élitisme !

La révolte de Terres des lettres

Quelques équipes de rédacteurs, qui avaient dirigé, depuis des années, des collections largement plébiscitées par les enseignants, ont refusé de se plier aux diktats conjugués du ministre et des maisons d’édition qui lui lèchent les bottes. Ainsi, l’équipe des meilleurs manuels de français de collège aujourd’hui disponibles, celle qui a inventé il y a sept ans déjà Terre des lettres chez Nathan, a refusé de suivre la logique cucurriculaire, si je puis dire, et signe pour septembre prochain deux manuels de sixième et de cinquième qui ne prennent pas les élèves pour des crétins, refusent la logique des « cycles » et des « compétences » (un autre mot qui commence mal), refusent de limiter les conjugaisons à l’usage de la troisième personne, de remplacer COD et COI par « compléments du verbe », et de transformer la littérature, via des textes « pour enfants » d’une débilité profonde, en exercices de communication mâtinés de moraline, comme aurait dit Nietzsche.

Je ne fais que recopier les termes de mails adressés par les auteurs aux responsables de Nathan – qui se sont empressés de ne pas répondre. Une panne informatique, probablement. En tout cas, du jamais-vu depuis 7 ans qu’ils travaillent ensemble. C’est peu honorable.

Bref, Terre des lettres est le meilleur manuel de français – vous savez, cette discipline que l’on tend à remplacer peu à peu par l’étude des « langues et cultures d’origine », afin, bien sûr, de ne pas aiguiser les communautarismes. Exigez que les enseignants de vos enfants l’adoptent ! Vous pouvez le faire ! Vous en saurez toujours plus que les béni-oui-oui qui prétendent imposer une réforme que 80 % des profs refusent, sans compter le Sénat et l’Académie française, pour ne pas parler des pseudo-z-intellectuels brocardés par Mme Vallaud-Belkacem et dont je dois faire partie.

La bêtise des éditeurs

Une preuve ? Les éditions Nathan, le petit doigt sur la couture du pantalon, ont choisi de faire la promotion sur leur site d’une collection concurrente, et de ne rien dire de livres qu’ils sortent en catimini. Grand moment ! Ils sont si attachés aux consignes imbéciles de la rue de Grenelle qu’ils préfèrent (tenter de) scier une collection qui marchait du feu de dieu – alors même que les profs de français qui l’utilisaient l’utiliseront encore, disent-ils, et refuseront tout manuel Najat.

Faut-il que ces gens-là aient peur ! Mauvais calcul : ils fusillent deux collections à la fois – l’une parce que les enseignants nouveaux ignoreront qu’elle existe, l’autre parce que les anciens enseignants la refuseront en bloc, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer ici. « Le service commercial de Nathan est idiot », m’a confié l’un des auteurs. D’autant qu’en respectant la logique « curriculaire » (j’adore décidément ce mot, qui en signifie tellement plus qu’il n’en dit), les éditeurs (et le ministre) n’ont pas pensé aux enseignants qui ont, par exemple, une sixième et une troisième, et préféreront, de très loin, deux manuels correspondant étroitement à leurs classes que deux manuels qui pour l’essentiel porteront sur des niveaux où ils n’enseignent pas.

Avec quels livres travailler ?

Ces chroniques critiquent trop souvent sans offrir de solution. Là, elle est à portée de main : la collection initiée par Anne-Christine Denéchère, Catherine Hars, Véronique Marchais et Claire-Hélène Pinon est remarquable – en tous points comparable aux manuels du primaire lancés par le Grip (Groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes), dont j’ai parlé plusieurs fois, qui apprennent véritablement aux enfants à lire, écrire, compter et calculer. En fait, les uns et les autres leur donnent les armes pour entrer dans notre culture, ce qui leur évitera, adolescents, de se plier aux incultures à la mode et aux djihadismes qui vont avec.

Quant aux matières qui prétendent ne pas pouvoir se passer de manuel… je signale aux enseignants d’histoire-géographie que les « nouveaux programmes », après moult protestations et toilettages, ressemblent fort aux anciens – et que l’on peut très bien travailler avec des photocopies pendant un an.

Enfin, dans les petites classes, l’essentiel est d’apprendre à lire et à écrire – et pour cela, il n’y a rien de mieux, sur le marché, que les manuels du Grip : si les enseignants du primaire ne les utilisent pas, utilisez-les, vous – et reconstruisez l’école contre l’école qu’ils déconstruisent. En attendant que nous ayons pour ministre quelqu’un qui, enfin, s’y connaisse, et qui s’appuiera sur le travail des vrais praticiens et non sur ces colonnes d’experts qui ânonnent le B-A-BA de leur idéologie.

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