La GPA et Sylviane AGACINSKI

Philosophe enseignant à l’EEHESS, elle a publié plusieurs livres sur le féminisme et l’évolution de la société.

Son dernier livre Corps en miettes remet en cause la GPA, les mères porteuses, les dons d’organes et la marchandisation du corps.

 

Elle remarque que la fécondation in vitro n’asservit personne.

La maternité pour autrui par contre demande à une femme de vivre une grossesse tout en restant étrangère à ce qui se passe dans son corps.

 L’instrumentalisation du corps d’autrui a existé dans l’esclavage, le servage, l’ancienne domesticité, et il a toujours pris des formes particulières pour les femmes à cause du sexe et de la procréation. Tout cela, en principe, a disparu.

La marchandisation du corps.

Aujourd’hui, nous faisons face à une situation inédite : c’est la première fois dans l’histoire que l’on peut faire sortir les ovocytes du corps féminin et transférer des embryons d’un corps à l’autre.

Du coup, un nouvel usage des femmes est possible techniquement.

On laisse entendre qu’il s’agit, pour les mères porteuses, de venir en aide aux femmes qui n’ont plus d’utérus mais qui ont des ovocytes. Mais, si cette pratique est considérée comme normale, elle ne sera pas limitée aux seules femmes qui n’ont pas d’utérus.

Les partisans honnêtes d’une légalisation le reconnaissent. En fait, comme aux Etats-Unis, on voudrait pouvoir fabriquer des enfants à la demande.

Demain, cette méthode sera peut-être destinée à des femmes ménopausées ou qui craignent par une grossesse de compromettre leur emploi ou leur carrière.  

  

Le commerce des bébés s’étend dans un certain nombre de pays.

Tout le monde semble fasciné par le progrès technique. Le « baby business » s’étend aussi, évidemment, en raison des profits qu’il génère. A Kiev, on achète 300 euros les ovocytes d’une Ukrainienne, et on les revend 5000 euros dans le cadre d’une fécondation in vitro. Derrière les clichés sentimentaux, il s’agit d’une exploitation du corps. Mais l’opinion peut très bien évoluer, et, comme pour la peine de mort, la loi ne doit pas toujours suivre l’opinion.

L’intérêt des enfants est occulté dans tout cela !

C’est la question, celle de son humanité et de sa dignité. Il ne s’agit pas de psychologie. Certains disent : « J’ai rencontré des mères porteuses, elles vont bien » ou « J’ai rencontré des enfants nés ainsi, ils vont bien »…

Faudrait-il que les gens deviennent fous pour se poser des questions éthiques ?

Le fond du problème, c’est le statut de l’enfant. Sommes-nous prêts à accepter qu’il devienne un produit fabriqué et marchand ?  

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