Donner son corps, Le tiers-corps

Dans son livre Le tiers corps Sylviane AGACINSKI  s’interroge sur le don d’organes et la marchandisation du corps.

Philosophe enseignant à l’EEHESS, elle a publié plusieurs livres sur le féminisme et l’évolution de la société.

   

   Après un décès, s’il a lieu dans des conditions précises, les équipes médicales formulent ainsi la question : « Le défunt était-il opposé au don d’organes ? » En général, l’angoisse de la mort nous pousse à éluder une telle question.

 

Le législateur s’accommode bien de cette esquive commune, puisque, selon la loi française, l’absence d’opposition préalable remplace le consentement explicite.

 

On sait que, depuis la loi Caillavet, en 1976, il n’est pas nécessaire qu’une personne ait voulu donner ses organes : il suffit qu’elle ne s’y soit pas opposée de son vivant.

 

Cette disposition législative est couramment résumée par le principe du « consentement présumé du défunt », même si la formule ne figure pas dans la loi.

Ce principe a été récemment renforcé par la loi Santé de 2016, non sans susciter quelque émoi dans l’opinion et au sein des équipes médicales chargées des transplantations.

En effet, lorsque les conditions du décès permettent un prélèvement d’organes, c’est-à-dire en cas de « mort encéphalique » ou de « mort subite » par arrêt cardiaque, non seulement le prélèvement reste la règle, sauf refus antérieur et explicite du défunt, mais la famille n’est plus consultée, sauf pour attester de la volonté du défunt : elle n’a pas à exprimer ses propres sentiments, en dépit de la pratique maintenue jusque-là par les équipes médicales.

Le législateur a ainsi voulu réduire le nombre de refus imputables à une réticence des parents du défunt.

 

La logique du don

Transfert ou transmission, un don a lieu lorsque les uns donnent quelque chose aux autres.

Cela implique une relation à trois termes :

      Le donateur, le donataire et la chose offerte.

Le don en général est investi d’une valeur symbolique ou morale.

Un cadeau est toujours une faveur accordée à quelqu’un.  Cependant le don par solidarité n’est pas une faveur. Le donataire d’un don par solidarité est démuni ou manque de quelque chose.

 

Le don peut induire une forme de réciprocité. En parlant entre nous, nous échangeons des informations. Une parole répond à une autre.

Le don peut servir à appeler à la bienveillance ou à inspirer confiance.

Dans les échanges commerciaux ou économiques chacun poursuit son propre intérêt. C’est du donnant donnant ou de l’échange conditionnel.  Ils sont liés à des contrats.

Elle s’interroge sur les dons.

Les dons corporels.

Tributs, contribution forcée.

Les dons cérémoniels ou rituels.

Les dons de transmission intergénérationnelle. Solidarité verticale.

Les dons humanitaires.

Les dons solidaires et la réciprocité.

Elle s’interroge sur le statut du corps humain

Le tiers-corps

Le plan juridique

Le commerce du sang.

Propriété et droit moral

Elle s’interroge sur L’interdit, le droit, le sacré

Pour l’homme moderne le sacré est assimilé à une mentalité archaïque ou religieuse du passé. Il repose sur des interdits, des tabous.  Mais le droit moderne repose lui aussi sur des interdits sur des concepts qu’il sacralise.

La loi qui exclue le sang des échanges marchands est comparable à un tabou.

Liberté, égalité et fraternité sont des dogmes.

Elle étudie le corps du défunt.

 

Le respect des restes humains

Le respect de la volonté du défunt

Constater la mort

La Transplantation

Le consentement présumé

Le témoignage des proches

Une fin sans conclusion

L’auteur a choisi de mettre en évidence la valeur sociale et morale du don d’organes. C’est la moins mauvaise solution comparée aux solutions marchandes.

Transmettre la vie après la mort en donnant une part de nous-même lorsque cela  est possible serait une façon de redonner la vie, sous forme d’entraide.

Elle est contre le consentement présumé.

 

La demande de dons d’organes possède un caractère impératif. Elle est liée à l’espoir de vivre mieux de plus en plus longtemps. Jusqu’ici l’espoir de se libérer du corps charnel terrestre était lié à la croyance religieuse et aux mythes.

Tout se passe comme si au mythe d’une résurrection dans l’au-delà se substituait le mythe d’une manière nouvelle d’appréhender le monde grâce aux progrès des biotechnologies. Par cette approche on cherche à e libérer de notre corps naturel et de la mort elle-même.

La médecine a pour mission de faire échec à la mort, rendant celle-ci non inéluctable. Cela conduit à une demande commerciale de ressources sans fin.

 

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